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Du baroque aux Lumières : la littérature française aux XVIIe et XVIIIe siècles

Panorama problématisé des deux siècles : baroque et classicisme, théâtre, moralistes, querelle des Anciens et des Modernes, Lumières et roman, avec les dates et œuvres indispensables.

De 1600 à 1789, la littérature française passe d'un monde instable et foisonnant à un idéal de règle et de mesure, puis à une littérature de combat fondée sur la raison critique. Ces catégories (baroque, classicisme, Lumières) sont en partie rétrospectives : il faut les manier avec prudence.

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1. Baroque et classicisme : deux esthétiques, non deux époques étanches

Le baroque (vers 1580-1650)

Jean Rousset (Circé et le paon, 1953) le définit par l'instabilité, la métamorphose, le mouvement et l'ostentation. Œuvres : Les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné (1616), L'Astrée d'Honoré d'Urfé (1607-1627), la poésie de Théophile de Viau et Saint-Amant, L'Illusion comique de Corneille (1636), théâtre dans le théâtre et éloge de la comédie.

La construction du classicisme

  • Malherbe épure la langue poétique : « Enfin Malherbe vint » (Boileau, L'Art poétique, 1674).
  • L'Académie française (1635) et les Remarques de Vaugelas (1647) fixent le bon usage.
  • L'idéal est celui de l'honnête homme : clarté, mesure, bienséance, plaire et instruire.

Piège : ne pas faire du classicisme une simple soumission aux règles. Racine rappelle que « la principale règle est de plaire et de toucher » (préface de Bérénice, 1670).

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2. Le théâtre classique

Les règles

Les trois unités (« Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli »), la vraisemblance, la bienséance, la séparation des genres. Elles sont codifiées par d'Aubignac (La Pratique du théâtre, 1657) à partir d'Aristote. La querelle du Cid (1637) accélère leur adoption : Chapelain, dans les Sentiments de l'Académie, reproche à Corneille l'invraisemblance du mariage promis entre Chimène et le meurtrier de son père.

Corneille et Racine

CorneilleRacine
ŒuvresLe Cid (1637), Horace (1640), Cinna, PolyeucteAndromaque (1667), Britannicus (1669), Bérénice (1670), Phèdre (1677)
RessortDilemme, volonté, gloirePassion fatale, lucidité impuissante
ÉmotionAdmirationTerreur et pitié
La Bruyère résume : Corneille peint les hommes « comme ils devraient être », Racine « tels qu'ils sont ». La tragédie racinienne, marquée par le jansénisme de Port-Royal, montre un homme sans la grâce, livré à un désir qu'il condamne.

Molière

La comédie doit « corriger les hommes en les divertissant » (Premier Placet, 1664). Molière peint une passion dominante : l'hypocrisie (Tartuffe, 1664-1669), le libertinage (Dom Juan, 1665), la misanthropie (Le Misanthrope, 1666), l'avarice (L'Avare, 1668), la vanité sociale (Le Bourgeois gentilhomme, 1670). Il meurt le 17 février 1673, après une représentation du Malade imaginaire.

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3. Les moralistes et le roman d'analyse

Les moralistes décrivent l'homme tel qu'il est, sous le masque de l'amour-propre.

  • Pascal, Pensées (1670) : misère de l'homme sans Dieu, divertissement, roseau pensant.
  • La Rochefoucauld, Maximes (1665) : « Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés ».
  • La Fontaine, Fables (1668, 1678-1679, 1694) : « Je me sers d'animaux pour instruire les hommes ».
  • La Bruyère, Les Caractères (1688) : portraits et satire de la cour.

La Princesse de Clèves (1678) de Mme de La Fayette transpose cette lucidité dans le roman : récit bref, analyse de la passion, scène de l'aveu, refus final au nom du repos.

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4. La querelle des Anciens et des Modernes : charnière des deux siècles

Le 27 janvier 1687, Perrault lit à l'Académie « Le Siècle de Louis le Grand » : « Je vois les Anciens sans plier les genoux ». Contre lui, Boileau, Racine, La Fontaine et La Bruyère défendent l'imitation des Anciens. Perrault (Parallèle, 1688-1697) et Fontenelle (Digression, 1688) affirment que le progrès des connaissances vaut aussi pour les arts. La querelle rebondit en 1714 autour d'Homère (Mme Dacier contre Houdar de La Motte).

Enjeu : la querelle introduit l'idée de progrès et la relativité du goût, qui fondent l'esprit des Lumières.

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5. Les Lumières : la littérature comme combat

Kant définit les Lumières comme « la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute » (1784). Les écrivains mettent la raison critique au service de la tolérance, de la liberté et du bonheur.

Les grands auteurs

  • Montesquieu : Lettres persanes (1721), regard étranger et décentrement ; De l'esprit des lois (1748).
  • Voltaire : Lettres philosophiques (1734), Candide (1759) contre l'optimisme, Traité sur la tolérance (1763) après l'affaire Calas.
  • Diderot et d'Alembert : l'Encyclopédie (1751-1772), 17 volumes de texte et 11 de planches, malgré la révocation du privilège (1759).
  • Rousseau : Discours (1750, 1755), La Nouvelle Héloïse (1761), Émile (1762), Confessions (posthumes) ; il ouvre la voie à la sensibilité et à l'autobiographie.

Formes de la critique

Le conte philosophique (ironie, naïveté feinte), le dialogue (Supplément au voyage de Bougainville), la fiction épistolaire, l'article de dictionnaire. Au théâtre, Marivaux explore les masques de l'amour (Le Jeu de l'amour et du hasard, 1730) et Beaumarchais attaque le privilège : « Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus » (Le Mariage de Figaro, 1784). Diderot théorise le drame bourgeois (1757).

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6. Le roman au XVIIIe siècle

Genre méprisé, le roman se déguise en document authentique (Georges May, Le Dilemme du roman au XVIIIe siècle, 1963).

FormeŒuvres
Roman-mémoiresPrévost, Manon Lescaut (1731) ; Marivaux, La Vie de Marianne (1731-1742)
Roman épistolaireLettres persanes (1721) ; La Nouvelle Héloïse (1761) ; Les Liaisons dangereuses (1782)
Roman libertinCrébillon fils, Les Égarements du cœur et de l'esprit (1736-1738)
Roman sensibleBernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie (1788)
Roman réflexifDiderot, Jacques le fataliste (publié en 1796)
Les *Liaisons dangereuses* de Laclos (175 lettres) font de la polyphonie épistolaire une arme : la lettre 81 de Merteuil (« je puis dire que je suis mon ouvrage ») est le manifeste d'une liberté conquise par la maîtrise des apparences.
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7. Méthode

  • Toujours dater précisément et rattacher l'œuvre à son contexte (querelle, censure, jansénisme).
  • Éviter les étiquettes figées : Corneille est baroque et classique ; Rousseau est philosophe des Lumières et critique du progrès.
  • Problématiser : la règle est-elle une contrainte ou une condition de la création ? la littérature peut-elle changer le monde ?

A retenir

: le XVIIe siècle cherche à peindre l'homme universel ; le XVIIIe veut le libérer. La querelle des Anciens et des Modernes fait la charnière.

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