Géopolitique (HGG)ecg20 min de lectureLecture libre

L'Ordre mondial

De l'ordre bipolaire de la guerre froide au monde multipolaire contemporain, l'ordre mondial est en perpétuelle recomposition. Nouvelles puissances, gouvernance mondiale et transformations de la conflictualité.

📝

Introduction

L'ordre mondial designe l'arrangement des relations entre Etats selon des principes, des regles et une hierarchie de puissances. Depuis 1945, cet ordre a connu des mutations profondes : de la bipolarite de la guerre froide au moment unipolaire americain des annees 1990, puis a une multipolarite complexe -- voire une apolarite (Richard Haass) -- ou aucune puissance ne parvient a imposer seule un ordre durable. En 2026, l'ordre mondial traverse une crise existentielle : la guerre en Ukraine (depuis 2022) a fracture les relations internationales, l'expansion des BRICS+ defie l'architecture institutionnelle occidentale, la guerre a Gaza (depuis 2023) revele l'impuissance des organisations internationales, le retour de Trump 2.0 (2025) accentue le repli americain, et la competition sino-americaine structure desormais l'ensemble des relations internationales.


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Definitions cles

  • Puissance mondiale : Etat qui se distingue par son poids territorial, economique, demographique, et par les moyens et strategies qu'il deploie pour s'assurer une influence durable. Capacite de faire, de produire et de detruire (Raymond Aron). Capacite de faire, faire faire, empecher de faire, refuser de faire (Serge Sur).
  • Superpuissance : puissance se distinguant par un degre de domination jamais atteint et un ecart decisif avec les autres pays (USA et URSS apres 1945).
  • Hyperpuissance (Hubert Vedrine) : domination mondiale sans partage des Etats-Unis depuis les annees 1990.
  • Soft power (Joseph Nye, 1990) : pouvoir d'attraction reposant sur l'influence ideologique, le rayonnement culturel, la capacite a seduire et a poser les termes des debats geopolitiques.
  • Smart power (Suzanne Nossel, 2004) : capacite a articuler intelligemment hard et soft power selon les besoins.
  • Sharp power (2017) : pouvoir d'influence corrosif visant a manipuler l'information pour destabiliser un autre Etat (Russie, Chine).
  • Hegemonie : suprematie politique, economique, culturelle et militaire d'un Etat, avec refus de la maitrise territoriale directe et pratique de l'unilateralisme.
  • Equilibre des puissances (balance of powers) : situation de stabilite resultant d'une egalite de forces entre puissances rivales. L'equilibre des puissances et non la paix est l'objectif de tout homme d'Etat (Kissinger).
  • Monde apolaire (Richard Haass, The Age of Nonpolarity, 2008) : monde sans pole en raison de l'essor de nouvelles puissances et de la dispersion du pouvoir.
  • Gouvernance mondiale : ensemble des processus par lesquels des regles collectives sont elaborees, decidees, legitimees, mises en oeuvre et controlees (Pascal Lamy, 2001). Ce n'est pas un directoire mondial mais l'idee de la multiplicite et de la diversite des acteurs.
  • Zone grise : territoire ou le pouvoir de l'Etat est partiellement ou totalement confisque par des groupes criminels ou armes exergant la realite du pouvoir.
  • Terrorisme : acte politique visant a destabiliser un gouvernement par l'effet d'intimidation psychologique, ciblant principalement la population civile. Guerre asymetrique, arme du faible contre le fort.

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Problematiques

  1. 1L'ordre mondial est-il devenu multipolaire ou apolaire ? La puissance americaine est-elle en declin ou en recomposition ?
  2. 2La mondialisation est-elle facteur de paix ou de guerre ? Les interdependances economiques suffisent-elles a prevenir les conflits ?
  3. 3Comment les criteres de la puissance ont-ils evolue ? Le soft power, le cyberespace et l'espace ont-ils remplace le hard power ?
  4. 4La gouvernance mondiale est-elle capable de repondre aux defis du XXIe siecle (conflits, climat, pandemies) ou assiste-t-on a son effondrement ?

📌

I. De l'ordre bipolaire a l'hyperpuissance americaine : les mutations de l'ordre mondial

A. L'ordre bipolaire de la guerre froide (1945-1991)

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale se met en place un ordre mondial bipolaire encadre par de nouvelles institutions internationales (ONU, FMI, GATT). La guerre froide est une guerre ideologique (capitalisme liberal contre communisme), d'intimidation (OTAN 1949 vs Pacte de Varsovie 1955, bombe nucleaire sovietique 1949) et de competition (course aux armements, conquete spatiale).

La bipolarisation (1945-1956) voit la montee des tensions : doctrines Truman et Jdanov (1947), plan Marshall, coup de Prague (1948), guerre de Coree (1950-1953). Les Etats-Unis rompent avec l'isolationnisme et deploient une pactomanie (Quincy 1945, OTAN, ANZUS 1951, OTASE 1954).

La coexistence pacifique et la detente (1956-1975) marquent un apaisement relatif : destalinisation de Khrouchtchev, crise de Cuba (1962) qui impose le dialogue (telephone rouge 1963), accords SALT I (1972), rapprochement Nixon-Chine (1972), conference d'Helsinki (1975). De nouveaux acteurs emergent : les non-alignes, la Chine qui rompt avec l'URSS.

La guerre fraiche et le denouement (1975-1991) : la course aux armements reprend (crise des euromissiles 1977-1987, programme IDS de Reagan 1983). L'URSS s'engage en Afghanistan (1979) et soutient des mouvements marxistes en Afrique. Gorbatchev lance la Glasnost et la Perestroika (1985), le mur de Berlin tombe (1989), l'URSS se dissout (1991).

B. Le moment unipolaire et l'hyperpuissance americaine (1991-2001)

Un contexte tres favorable a la domination americaine : effondrement du bloc de l'Est, redressement economique sous Clinton (20 millions d'emplois crees), affaiblissement des concurrents (Japon dans la crise Heisei, pays emergents encore faibles). Les annees 1990 sont la decennie de l'hyperpuissance (Vedrine) : avance technologique et militaire, American Way of Life (premier McDonald's a Moscou en 1990), definition de la mondialisation selon les interets americains.

Les Etats-Unis combinent soft et hard power en un smart power : capacite d'imposer des relations asymetriques, d'incarner un modele, de disposer de frappes nucleaires. Zbigniew Brzezinski : aucune puissance ne peut rivaliser avec les Etats-Unis dans les quatre domaines cles : militaire, economique, technologique et culturel. Madeleine Albright : les Etats-Unis sont une nation indispensable. 40 % des depenses militaires mondiales sont americaines.

La nature de la puissance change avec trois glissements : du hard vers le soft power (Joseph Nye), de la geopolitique vers la geoeconomie (Luttwak), du risque de guerre mondiale vers des affrontements localises dans le cadre de guerres asymetriques (Zaki Laidi, ordre mondial relache).

C. Du 11 Septembre au desordre mondial (2001-aujourd'hui)

Le 11 septembre 2001 est un moment de revelation marquant le debut de l'antiamericanisme. L'attaque contre le World Trade Center (mondialisation commerciale), le Pentagone (puissance militaire) et les 3 000 morts mettent fin a la mondialisation heureuse (Alain Minc). Bush lance une guerre contre le terrorisme : guerres en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), Patriot Act, concept de guerre preventive. Le hard power revient en force (Robert Kagan).

Derriere l'ordre apparent, un grave desordre menace : l'interventionnisme americain echoue en Irak (incapacite a pacifier le pays, destabilisation du Moyen-Orient, renforcement de l'arc chiite) et en Afghanistan (fragilite du pouvoir installe, retrait humiliant en 2021). Paul Kennedy parle de surexpansion imperiale : les depenses militaires (40 % des depenses mondiales, Irak et Afghanistan ont coute 2 000 milliards de dollars) minent de l'interieur la puissance americaine.

Mise a jour 2022-2026 : le retrait chaotique d'Afghanistan (aout 2021) symbolise la fin de l'ere post-11 septembre. La guerre en Ukraine (depuis fevrier 2022) a brutalement reconfigure l'ordre mondial : retour de la guerre de haute intensite en Europe, consolidation de l'OTAN (adhesion de la Finlande 2023 et de la Suede 2024), fracture entre l'Occident et le Sud global qui refuse de sanctionner la Russie. La guerre Israel-Hamas/Gaza (depuis octobre 2023) a revele la paralysie de l'ONU (multiples vetos americains au CSNU) et la perte de credibilite de l'Occident dans le Sud global. Trump 2.0 (2025) accelere le repli americain : remise en cause du soutien a l'Ukraine, tensions avec les allies de l'OTAN, retrait de l'accord de Paris. Le monde oscille entre multipolarite et apolarite, un desordre mondial ou aucune puissance ne peut imposer de regles acceptees par tous.


📌

II. L'affirmation des puissances emergentes et les nouveaux criteres de la puissance

A. La montee des emergents : une recomposition de la hierarchie mondiale

L'affirmation des pays emergents constitue le fait majeur de la recomposition de l'ordre mondial. Bertrand Badie parle de revanche des puissances moyennes. Laurent Carroue (2016) identifie 16 pays gagnants de la mondialisation :

Les 4 BRIC sont des puissances mondiales (20 % du PIB mondial, 40 % de la population). Ils creent la Banque des BRICS (Nouvelle Banque de Developpement) en 2014 pour concurrencer la Banque Mondiale. L'elargissement aux BRICS+ en 2024 (integration de l'Arabie Saoudite, des EAU, de l'Egypte, de l'Ethiopie et de l'Iran) represente desormais ~35 % du PIB mondial (PPA) et ~45 % de la population mondiale.

La Chine cumule criteres anciens et nouveaux de puissance : 2e budget militaire, puissance demographique et territoriale, 1re puissance economique (1er exportateur, 1er PIB PPA depuis 2014), puissance technologique (5G Huawei, IA). Ses nouveaux atouts incluent 54 instituts Confucius en Afrique, des FMN dynamiques (BATX), la puissance financiere (BAII 2014), la BRI (Belt and Road Initiative), la puissance navale (plus grand nombre de batiments militaires au monde depuis 2020). Mais la Chine reste une puissance inachevee : croissance risquee (surinvestissement), manque de specialisation dans le haut de gamme, armement partiellement importe, pas de systeme d'alliance solide.

La Russie est une puissance offensive : intervention en Syrie (2015), technologie militaire, mercenaires Wagner, cyberattaques, sharp power, arme du gaz. Mais elle manque de soft power et fait face a des sanctions internationales depuis 2014, massivement renforcees en 2022.

Six puissances continentales (Mexique, Argentine, Afrique du Sud, Turquie, Arabie Saoudite, Indonesie) et six puissances regionales en voie d'affirmation (Malaisie, Thailande, Nigeria, Egypte, Ethiopie, Iran) completent le tableau.

B. Les nouveaux criteres et espaces de la puissance

Les criteres de la puissance ont evolue. Au-dela des facteurs traditionnels (territoire, population, armement), de nouveaux determinants s'imposent :

Le cyberespace est devenu un instrument central de la puissance. Il couvre quatre champs : technologie, economie, defense, renseignement. Les Etats-Unis dominent (NSA : 100 000 hommes, budget de 30 milliards de dollars, virus Stuxnet contre l'Iran en 2010, attaque Titan Rain en 2003). La Chine rivalise (attaques informatiques, grande muraille numerique). La question de la gouvernance du net est un enjeu majeur : lanceurs d'alerte (Snowden, WikiLeaks/Assange), cybersecurite, manipulation electorale (Cambridge Analytica 2018).

La puissance maritime reste fondamentale. La mer est source de richesses (ressources halieutiques, energetiques, routes du commerce mondial), source de pouvoir (thalassopolitique, Alfred Mahan) et reflet des evolutions de la puissance (basculement de l'Atlantique vers le Pacifique depuis 1984). La flotte americaine (280 navires, 11 porte-avions Nimitz, tonnage >3 millions de tonnes) reste sans rival, mais la Chine progresse rapidement (plus grand nombre de batiments depuis 2020, 70 sous-marins dont 16 nucleaires, strategie du collier de perles). La France est la seule puissance europeenne a posseder un porte-avion a propulsion nucleaire. La Convention de Montego Bay (1982) a organise la territorialisation des espaces maritimes (eaux territoriales 12 miles, ZEE 200 miles), source de conflits (mer de Chine, Arctique).

L'espace est une vitrine et un revelateur des rapports de force : domination americaine (3/4 du budget spatial mondial, 1/2 des satellites, creation de l'US Space Force en 2019, SpaceX), montee de la Chine (1re en nombre de lancements en 2019, alunissage Chang'e 4 en 2019, station spatiale Tiangong), competition pour Mars et les ressources spatiales.

Mise a jour 2022-2026 : la competition dans l'intelligence artificielle est devenue un critere majeur de puissance. Le decret executif de Biden sur l'IA (2023), les restrictions americaines sur l'exportation de puces avancees vers la Chine, et l'essor de l'IA generative (ChatGPT 2022, DeepSeek 2025) redefinissent les rapports de force technologiques. La militarisation de l'espace s'accelere (programme Artemis americain, station spatiale chinoise Tiangong operationnelle depuis 2022).

C. Permanences de la hierarchie et limites des emergents

Malgre les recompositions, la meme oligarchie des puissances perdure depuis 1945. La domination occidentale reste forte : 10 a 15 premieres puissances mondiales, 40 % des IDE captes, sieges des grandes FMN et organisations internationales. La Triade represente encore 50 % du PIB mondial pour 13 % de la population. Les Etats-Unis demeurent dominants : 1er budget de defense (1/3 du total mondial), 1re puissance financiere (dollar = 60 % des reserves mondiales), technologique (Silicon Valley), culturelle (1er exportateur de produits culturels).

La capacite d'influence des emergents reste limitee : baisse de la croissance de presque tous les emergents, pauvrete persistante (IDH indien <0,7, 60 % de la population indienne sous 2 dollars/jour), faiblesse militaire (Bresil sans porte-avions depuis 2018), faible place a l'ONU. Ce sont des puissances incompletes. L'Inde pratique une diplomatie du ni-ni (Christophe Jaffrelot). La Chine reste fragile sur le plan diplomatique (pas de systeme d'alliance solide) et technologique (dependance pour certains composants de pointe).

Les rapports de force restent traditionnels : retour de la realpolitik (Kissinger), acces aux ressources comme moteur des rapports de force, facteurs traditionnels de la puissance toujours d'actualite (territoire, militaire, demographie). Le monde Hobbesien (guerre de tous contre tous) coexiste avec le monde Kantien (juridicisation des relations internationales).


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III. Gouvernance mondiale, transformations de la guerre et faces noires de la mondialisation

A. La gouvernance mondiale : progres et crise

La gouvernance mondiale s'appuie sur les Etats (acteurs principaux), la diplomatie de clubs (G7, G20 institutionnalise en 2008), les institutions (ONU : 193 membres, 3 objectifs -- paix, securite, droits de l'homme ; FMI : stabilite des taux de change ; BM : developpement ; OMC : libre-echange) et de nouveaux acteurs (integration regionale, FTN, ONG, societe civile).

La gouvernance s'est developpee : 172 conflits regles pacifiquement par l'ONU, ORD de l'OMC efficace, progres sur le climat (PNUE 1972, Rio 1992, Kyoto 1997, Accord de Paris 2015).

Mais elle est aujourd'hui profondement remise en cause : institutions critiquees comme non democratiques (droit de veto au FMI des USA, presidents majoritairement occidentaux), opaques, inefficaces (exclusion de la Russie du G7 en 2014, paralysie de l'ONU face a la Syrie -- 6 vetos russes) voire nefastes (FMI pompier pyromane selon Stiglitz). Les nouveaux acteurs remettent en cause la gouvernance : BRICS creent la BAII (2014) et la Nouvelle Banque de Developpement, la Chine utilise la gouvernance pour affirmer sa puissance (chinois a la tete de la FAO en 2019, lobbying aupres des pays africains). L'OMC est en crise (plus aucun juge a la cour d'appel de l'ORD depuis 2020, blocage du cycle de Doha).

Mise a jour 2022-2026 : la guerre en Ukraine a revele la fracture entre un Occident uni dans les sanctions et un Sud global reticent a s'aligner. L'ONU est paralysee par les vetos (Russie sur l'Ukraine, USA sur Gaza). Le G7 et le G20 peinent a trouver des consensus. La COP28 (Dubai, 2023) a mentionne pour la premiere fois la transition hors des energies fossiles, mais la COP29 (Baku, 2024) a decu. L'expansion des BRICS+ (2024) cree un contrepoids institutionnel a l'Occident. La reforme du Conseil de Securite reste un serpent de mer (revendications du G4 : Allemagne, Japon, Inde, Bresil).

B. Les transformations de la guerre depuis la fin de la guerre froide

Les guerres ont change de nature depuis la fin de la guerre froide. Les guerres interetatiques sont devenues minoritaires grace a l'essor technologique (bombe atomique), a la multipolarite et aux interdependances economiques. Le monde est devenu plus Kantien qu'Hobbesien, mais un deplacement des conflictualites sur le terrain economique s'est opere (guerre commerciale USA-Chine).

Les conflits contemporains sont avant tout intra-etatiques : 80 % des conflits sont intra-etatiques (tensions ethniques, mauvaise redistribution, PED ou l'Etat s'effondre). Ce sont des conflits de basse intensite (pas d'armes lourdes, acteurs indetermines) mais extremement meurtriers : 90 % des victimes sont civiles (contre 5 % au debut du XXe siecle), 300 000 enfants soldats (Amnesty International), le viol est utilise comme arme de guerre (Prix Nobel 2018 Denis Mukwege), 80 millions de deplaces en 2020 (HCR).

De nouveaux acteurs et moyens transforment la guerre : acteurs non etatiques (terroristes, pirates, cartels), privatisation de la guerre (1 500 SMP comme Blackwater/Academi, Wagner), cyberguerre (virus Stuxnet 2010, cyberattaques russes), drones, guerre informationnelle. Le nucleaire reste au coeur de la puissance mais la non-proliferation est plus incertaine (Coree du Nord sort du TNP en 2003, programme iranien, retrait des USA et de la Russie de l'INF en 2019).

Le maintien de la paix est de plus en plus difficile : moyens de l'ONU limites (0,5 % des depenses militaires mondiales), impuissance des grandes puissances a etre gendarmes du monde (echecs en Irak, en Libye, leading from behind), Etats plus demunis face aux nouvelles formes de guerre.

Mise a jour 2022-2026 : la guerre en Ukraine (depuis 2022) marque le retour de la guerre de haute intensite entre Etats en Europe, avec usage de chars, d'artillerie, de missiles, de drones et de guerre hybride (cyberattaques, desinformation). C'est le plus grand conflit en Europe depuis 1945. La guerre Israel-Hamas (depuis 2023) illustre la brutalite des conflits asymetriques urbains et la catastrophe humanitaire a Gaza. Les Houthis menant des attaques en mer Rouge (2024) revelent la vulnerabilite des routes commerciales mondiales. La proliferation des SMP (Wagner devenue Africa Corps) destabilise le Sahel et l'Afrique (retrait francais du Mali 2022, du Burkina Faso et du Niger 2023).

C. Les faces noires de la mondialisation : terrorisme, crime organise, piraterie

Le terrorisme est un phenomene ancien qui a mute avec la mondialisation. Trois invariants : guerre asymetrique (arme du faible), economie de moyens, dimension psychologique (cibles civiles). La mondialisation en est un terreau propice (inegalites, frustrations, ouverture des frontieres) et le terrorisme maitrise efficacement ses ressources (medias, diasporas, paradis fiscaux). L'islamisme radical a supplante le terrorisme d'extreme-gauche depuis les annees 1980 (fondation d'Al-Qaida en 1988, 11 septembre 2001, attentats de Paris 2015, emergence de Daech en 2014). La lutte antiterroriste se deploie a differentes echelles : locale (deradicalisation), nationale (Vigipirate, etat d'urgence), europeenne (Europol), mondiale (GAFI 1989, G5 Sahel).

Le crime organise est un phenomene ancien qui tire profit de la mondialisation : flux de capitaux (3D), nouvelles technologies, diasporas. La N'drangheta (Calabre) est la plus puissante mafia au monde (50 milliards de chiffre d'affaires, 3,5 % du PIB italien en 2013, presente dans 30 pays). Les mafias ont un champ d'activites tres varie : traite des etres humains, drogue, contrefacon, trafic d'armes, blanchiment d'argent. L'agrobusiness mafieux fournit 15 milliards d'euros aux mafias italiennes (VS CA de Danone : 21 milliards). Roberto Saviano (Gomorra) : New York et Londres sont les deux plus grandes blanchisseries d'argent sale au monde.

La piraterie maritime a connu un regain depuis la fin de la guerre froide : contexte d'Etats faillis (Somalie), augmentation des flux commerciaux dans les passages strategiques, navires automatises. Trois foyers principaux : asiatique (autour de Malacca), somalien (depuis les annees 2000), golfe de Guinee (ressources petrolieres offshore). L'operation Atalante (2008) de l'UE illustre la reponse internationale. La crise de la mer Rouge (2024) avec les attaques houthies a constitue une nouvelle forme de piraterie etatiquement soutenue, perturbant 12 % du commerce maritime mondial.


📅

Chronologie essentielle

DateEvenement
1945Creation de l'ONU, Bretton Woods, bombes atomiques
1947Doctrines Truman/Jdanov, plan Marshall, debut de la guerre froide
1949Creation de l'OTAN, bombe atomique sovietique, Revolution chinoise
1955Pacte de Varsovie, conference de Bandung
1962Crise de Cuba, debut de la detente
1972Accords SALT I, Nixon en Chine
1975Conference d'Helsinki
1979Revolution iranienne, invasion sovietique de l'Afghanistan
1982Convention de Montego Bay
1989Chute du mur de Berlin
1991Dissolution de l'URSS, guerre du Golfe, accords START
1994Genocide rwandais
1995Massacre de Srebrenica, accords de Dayton
1999Intervention de l'OTAN au Kosovo
2001Attentats du 11 septembre, guerre en Afghanistan, guerre contre le terrorisme
2003Guerre en Irak sans aval de l'ONU
2008Crise financiere mondiale, creation du G20, guerre en Georgie
2009Creation des BRIC a Ekaterinbourg
2011Printemps arabes, mort de Ben Laden, intervention en Libye
2014Annexion de la Crimee, creation de la BAII et de la Banque des BRICS
2015Attentats de Paris, accord sur le nucleaire iranien, COP21
2019Elimination d'Al-Baghdadi, creation de l'US Space Force, Macron : l'OTAN est en etat de mort cerebrale
2021Retrait americain d'Afghanistan, chute de Kaboul
2022Invasion russe de l'Ukraine, sanctions occidentales massives, ChatGPT
2023Adhesion de la Finlande a l'OTAN, guerre Israel-Hamas/Gaza, COP28 Dubai
2024Adhesion de la Suede a l'OTAN, expansion des BRICS+, crise de la mer Rouge, COP29 Baku
2025Trump 2.0 : repli americain, remise en cause du soutien a l'Ukraine
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Chiffres cles actualises (2026)

  • Depenses militaires mondiales : >2 400 milliards de dollars (2024) ; USA ~40 % du total mondial ; Chine 2e (~14 %)
  • Budget du Pentagone : ~900 milliards de dollars
  • OTAN : 32 membres (apres Finlande 2023 et Suede 2024) ; objectif de 2 % du PIB pour la defense
  • Flotte americaine : 280 navires deployables, 11 porte-avions nucleaires, 75 sous-marins
  • Flotte chinoise : plus grand nombre de batiments au monde depuis 2020, 70 sous-marins dont 16 nucleaires, 2 porte-avions (non nucleaires)
  • ONU : 193 membres, budget des operations de paix ~0,5 % des depenses militaires mondiales
  • BRICS+ : ~35 % du PIB mondial (PPA), ~45 % de la population mondiale apres l'elargissement de 2024
  • Conflits : ~40 pays en situation de crise ; 80 % des conflits sont intra-etatiques ; 90 % des victimes sont civiles
  • Deplaces et refugies : >110 millions de personnes deplacees dans le monde (HCR, 2024)
  • Terrorisme : Daech a perdu ses territoires (2019) mais poursuit ses operations par des cellules dormantes
  • Cyberespace : NSA ~100 000 hommes, budget ~30 milliards de dollars
  • Espace : USA 3/4 du budget spatial mondial, Chine 1re en nombre de lancements (2019, 2023)
  • N'drangheta : 50 milliards de CA, presente dans 30 pays

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References incontournables

  1. 1Zbigniew Brzezinski -- Le Grand Echiquier (1997) : aucune puissance ne peut rivaliser avec les Etats-Unis dans les 4 domaines cles : militaire, economique, technologique, culturel.
  2. 2Bertrand Badie -- L'impuissance de la puissance (2004) : incapacite des USA a gerer les conflits malgre, et peut-etre a cause de, leur puissance traditionnelle. Nous ne sommes plus seuls au monde.
  3. 3Joseph Nye -- Soft Power (1990, 2004) : pouvoir d'attraction et d'influence culturelle comme composante essentielle de la puissance.
  4. 4Henry Kissinger -- De la diplomatie (1994) : defense de la realpolitik et de l'equilibre des puissances comme garant de la stabilite.
  5. 5Paul Kennedy -- Naissance et declin des grandes puissances (1987) : concept de surexpansion imperiale, les depenses militaires minent les empires de l'interieur.
  6. 6Samuel Huntington -- Le choc des civilisations (1996) : les conflits post-guerre froide seront d'ordre civilisationnel (these tres contestee mais incontournable).
  7. 7Francis Fukuyama -- La fin de l'histoire (1992) : victoire definitive de la democratie liberale (these invalidee par l'histoire).
  8. 8Richard Haass -- The Age of Nonpolarity (2008) : theorie d'un monde apolaire, sans pole dominant.
  9. 9Robert Kagan -- La puissance et la faiblesse (2003) : les USA font l'Histoire, l'Europe ne fait que du droit.
  10. 10Laurent Carroue -- Typologie des emergents (2016) : 4 BRIC + 6 puissances continentales + 6 puissances regionales.
  11. 11Suzanne Nossel -- Smart power (2004) : articuler intelligemment hard et soft power.
  12. 12Clausewitz -- De la guerre : la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens (conception depassee par les conflits contemporains ou la guerre est davantage marque d'impuissance).

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