Philosophie / Culture généraleecg9 min de lectureLecture libre

L'humanité : définir le thème et le problématiser

Fiche d'entrée dans le thème officiel 2027 : étymologie, trois sens, couples notionnels, problématiques, pièges et plans types.

📋

Le cadre officiel

Le programme de lettres et philosophie de seconde année des classes préparatoires économiques et commerciales (ECG et ECT) porte, pour l'année 2026-2027, sur le thème « L'humanité » (arrêté du 22 avril 2026, NOR ESRS2611840A, BO n° 21 du 21 mai 2026). Il succède à « Juger » (2026) et à « La violence » (2024). Il sera l'objet des dissertations de culture générale de la BCE (HEC, ESSEC, ESCP, EDHEC, EM Lyon) et d'Ecricome aux concours 2027.

Le mot semble familier, c'est précisément son danger : tout le monde croit savoir ce qu'est l'humanité. Le travail de l'année consiste à transformer cette évidence en problème.

📋

Étymologie et histoire du mot

Le latin humanitas dérive de homo, que les Anciens rapprochaient de humus, la terre : l'homme est le « terrestre », par opposition aux dieux immortels du ciel. Chez Cicéron, humanitas désigne déjà trois choses : la nature humaine commune, la culture qui élève l'homme (traduction du grec paideia) et la douceur bienveillante dans les rapports avec autrui.

À la Renaissance, les studia humanitatis, les « humanités », désignent l'étude des lettres antiques, censée accomplir l'homme. Érasme en tire la formule célèbre : « On ne naît pas homme, on le devient » (De pueris, 1529). Au XVIIIe siècle, « l'humanité » prend le sens collectif de genre humain, sujet d'une histoire et d'un progrès (Condorcet). Au XXe siècle apparaît le « crime contre l'humanité » (statut de Nuremberg, 8 août 1945).

📋

Les trois sens du mot

SensDéfinitionExemple d'emploiAuteurs de référence
Extensif (l'espèce, le genre humain)L'ensemble des êtres humains, passés, présents et futurs« L'humanité a marché sur la Lune »Linné, Darwin, Jonas
Qualitatif (le propre de l'homme)Ce qui fait qu'un être est humain : raison, langage, liberté, culture« Perdre son humanité »Aristote, Descartes, Rousseau, Sartre
Moral (la vertu d'humanité)Bienveillance, compassion, respect dû à autrui« Traiter quelqu'un avec humanité »Térence, Rousseau (pitié), Kant (dignité), Lévinas
Les sujets de concours font constamment glisser un sens dans l'autre. « L'humanité peut-elle se perdre ? » joue sur l'espèce (peut-elle disparaître ?) et sur la qualité (peut-on devenir inhumain ?). « Faire preuve d'humanité » mobilise le sens moral mais interroge aussitôt sa relation à l'espèce : tout homme est-il humain ?

Piège : réduire le thème à un seul sens. Le « cours de SVT » (l'humanité = Homo sapiens, bipédie, néocortex) oublie la dignité et la vertu ; le « prêchi-prêcha » (les bons humanitaires contre les méchants bourreaux) oublie que l'inhumain est une possibilité de l'homme ; le « catalogue » (préhistoire, esclavage, Shoah, IA) raconte sans problématiser.

📋

Les couples notionnels

Une problématique naît toujours d'une tension. Voici les principales frontières de l'humain, et ce qu'elles mettent en jeu :

  • Humain / animal : la question du propre de l'homme (raison, langage, technique, conscience de la mort) et sa contestation par Darwin, l'éthologie et l'antispécisme.
  • Humain / machine : des animaux-machines de Descartes au test de Turing (1950) et à l'intelligence artificielle ; le transhumanisme veut dépasser l'humain.
  • Humain / divin : l'homme est le mortel, le fini ; Pascal pense sa grandeur dans la conscience de sa misère.
  • Humain / inhumain : la cruauté est une possibilité proprement humaine ; aucun animal n'est « inhumain ».
  • Humanité / barbarie : Montaigne (« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ») et Lévi-Strauss (« Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie ») déplacent la frontière à l'intérieur de la civilisation.
  • Nature / culture : l'humanité est-elle donnée à la naissance ou acquise par l'éducation ?
  • Individu / genre humain : quelle responsabilité ai-je envers l'humanité entière, et envers l'humanité future ?
📋

Fait ou idéal ? Le ressort du thème

L'humanité est un fait biologique : nous naissons membres de l'espèce. Mais elle est aussi un idéal moral : on peut « manquer d'humanité », et l'on parle de « devenir humain ». Cette dualité structure la plupart des sujets.

  • Du côté du fait : Linné nomme Homo sapiens en 1758 ; Darwin (La Filiation de l'homme, 1871) inscrit l'homme dans l'évolution ; Antelme affirme qu'« il n'y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine » : même le SS ne peut en faire sortir sa victime.
  • Du côté de l'idéal : Rousseau définit l'homme par sa perfectibilité (1755) ; Kant commande de traiter « l'humanité […] toujours en même temps comme une fin » (1785) ; Sartre affirme que « l'existence précède l'essence » (1946), l'homme se fait.
  • Du côté de la tâche : Primo Levi (Si c'est un homme, 1947) montre que la dignité se conserve dans des gestes infimes ; Arendt pense la pluralité humaine comme condition à préserver contre le totalitarisme.

Pour briller : citer Arendt sur la différence entre nature humaine (indéfinissable, « sauter par-dessus notre propre ombre ») et condition humaine (vie, monde, pluralité, natalité, mortalité) dans Condition de l'homme moderne (1958). Cela permet de sortir du débat stérile « essence ou non » et de penser l'humanité comme un ensemble de conditions partagées.

🎯

Six problématiques transversales

  1. 1Qu'est-ce qui fait qu'un être est humain ? (critères, propre de l'homme, cas-limites : Merrick dans Elephant Man, les « tropis » de Vercors)
  2. 2L'homme est-il un vivant à part ? (Aristote, Descartes, Darwin, Singer)
  3. 3Peut-on perdre ou perdre quelqu'un de son humanité ? (Levi, Antelme, esclavage, aliénation)
  4. 4L'humanité est-elle une ou multiple ? (universalisme des Lumières contre relativisme culturel ; Lévi-Strauss)
  5. 5La technique accomplit-elle ou menace-t-elle l'humanité ? (Bergson, Heidegger, Anders, Jonas, transhumanisme)
  6. 6Que devons-nous à l'humanité, présente et future ? (Kant, Jonas, crimes contre l'humanité, humanitaire)
📋

Trois plans types

Méthode dissertation : le plan doit progresser. Trois matrices utilisables sur presque tous les sujets.

>

1. Le plan par les sens : I. L'humanité comme espèce (fait) ; II. comme qualité à conquérir (idéal) ; III. comme communauté morale et vertu (tâche). Convient à « Qu'est-ce qu'être humain ? ».

>

2. Le plan dialectique : I. Oui, on peut perdre son humanité (déshumanisation réelle) ; II. Non, l'appartenance à l'espèce est inaliénable et le bourreau reste un homme ; III. L'humanité n'est ni acquise ni perdue une fois pour toutes, elle est une fidélité à autrui. Convient à « Peut-on perdre son humanité ? ».

>

3. Le plan par les frontières : I. L'humain contre l'animal ; II. l'humain contre la machine ; III. l'humain contre l'inhumain, seule frontière qui soit intérieure. Convient à « L'humanité a-t-elle des limites ? ».

📚

Les références à tenir prêtes

Philosophie : Aristote (Politique, I), Montaigne (Essais, I, 31 et III, 2), Pascal (Pensées), Rousseau (1755), Kant (1785), Darwin (1859, 1871), Bergson (1907), Sartre (1946), Heidegger (1947), Arendt (1951, 1958, 1963), Lévi-Strauss (1952), Lévinas (1961), Foucault (1966), Jonas (1979), Singer (1975).

Littérature : La Bruyère (Les Caractères, XI « De l'homme », 1688), Zola (La Bête humaine, 1890), Malraux (La Condition humaine, 1933), Levi (Si c'est un homme, 1947), Antelme (L'Espèce humaine, 1947), Vercors (Les Animaux dénaturés, 1952), Carrière (La Controverse de Valladolid, 1992), Shelley (Frankenstein, 1818).

Cinéma : Freaks (Browning, 1932), 2001, l'Odyssée de l'espace (Kubrick, 1968), Elephant Man (Lynch, 1980), The Tree of Life (Malick, 2011).

Histoire et droit : controverse de Valladolid (1550-1551), Code noir (1685), abolitions de l'esclavage (1794, 1848), DDHC (1789), Nuremberg (1945), DUDH (10 décembre 1948), Cour pénale internationale (statut de Rome 1998, en vigueur 2002).

📋

Conclusion

Le thème invite à tenir ensemble ce que le langage courant sépare : l'humanité est un fait d'espèce, une qualité toujours à conquérir et une exigence morale envers autrui. La bonne copie ne choisit pas un sens contre les autres ; elle montre comment leur tension produit les grandes questions de la modernité, du statut de l'animal à l'avenir technique de l'homme.

Révise cette fiche avec les flashcards et le quiz du chapitre

Crée un compte gratuit pour retrouver cette fiche dans l'application, mémoriser les points clés avec les flashcards et te tester avec le quiz.

Réviser cette fiche gratuitement

Gratuit, sans carte bancaire.

Toutes les fiches de Philosophie / Culture générale