Acteurs, circuit économique et monnaie
Les bases de la comptabilité nationale (secteurs, agrégats, équilibre ressources-emplois, TES), la monnaie (fonctions, formes, création monétaire) et le financement de l'économie.
Le premier chapitre du programme d'ESH pose le cadre : qui sont les acteurs de l'économie, comment la comptabilité nationale décrit leurs relations, et comment la monnaie et le financement irriguent le circuit. Ces outils sont mobilisés dans toutes les dissertations, de la croissance aux politiques économiques.
1. Les acteurs et le circuit économique
Les secteurs institutionnels
La comptabilité nationale (système européen SEC 2010) regroupe les unités résidentes selon leur fonction principale et leurs ressources principales :
| Secteur | Fonction principale | Ressources principales |
|---|---|---|
| Sociétés non financières (SNF) | Produire des biens et services marchands | Ventes |
| Sociétés financières (SF) | Financer, assurer, gérer des portefeuilles | Intérêts, primes, commissions |
| Administrations publiques (APU) | Services non marchands, redistribution | Prélèvements obligatoires |
| Ménages (y compris entrepreneurs individuels) | Consommer, produire (EI) | Salaires, revenus mixtes, prestations |
| ISBLSM | Services non marchands aux ménages | Cotisations, dons |
| Reste du monde | Unités non résidentes | — |
Le circuit et les agrégats
Le circuit économique représente les flux entre ces acteurs : les entreprises versent des revenus aux ménages, qui consomment et épargnent ; l'épargne finance l'investissement via le système financier ; l'État prélève et redistribue ; le reste du monde achète les exportations et fournit les importations. François Quesnay (Tableau économique, 1758) en avait donné la première représentation, inspirée de la circulation sanguine.
Le PIB est l'agrégat central. Il se calcule de trois manières équivalentes :
- production : somme des valeurs ajoutées + impôts sur les produits − subventions sur les produits ;
- demande : consommation finale + FBCF + variation de stocks + exportations − importations ;
- revenus : rémunération des salariés + EBE et revenu mixte + impôts sur la production − subventions.
L'équilibre ressources-emplois résume l'approche demande : PIB + M = CF + FBCF + ΔS + X. C'est une identité comptable, vraie par construction, et non un équilibre au sens économique.
Le RNB (revenu national brut) ajoute au PIB le solde des revenus primaires avec le reste du monde ; il mesure le revenu des résidents et non la production sur le territoire. En 2024, le PIB français atteint environ 2 920 milliards d'euros courants (INSEE).
Le tableau entrées-sorties
Le TES, hérité de Leontief (Prix Nobel 1973), décrit pour chaque branche ses consommations intermédiaires et sa valeur ajoutée. Le coefficient technique a_ij = CI de i par la branche j / production de j mesure la quantité de produit i nécessaire pour produire une unité de j. Il révèle les interdépendances : une hausse de la demande automobile entraîne mécaniquement une hausse de la production de métallurgie, de plastiques et de services.
La répartition des revenus
La répartition primaire rémunère la contribution à la production : salaires, EBE, revenus mixtes, revenus de la propriété. En France, la part des salaires dans la valeur ajoutée des SNF est d'environ 65 % et le taux de marge d'environ 32 % (INSEE 2024). La répartition secondaire corrige cette distribution par les prélèvements et les prestations sociales ; elle aboutit au revenu disponible brut, partagé entre consommation et épargne (taux d'épargne des ménages ≈ 18 % en 2024).
Le compte de capital dégage enfin la capacité ou le besoin de financement de chaque secteur : les ménages sont prêteurs nets, les APU emprunteuses nettes (déficit de 5,8 % du PIB en 2024), les SNF alternent selon leur taux d'autofinancement.
Piège : ne pas confondre PIB et RNB, ni branche et secteur, ni équilibre comptable et équilibre économique. Écrire que « l'épargne est égale à l'investissement » n'est vrai qu'ex post et en économie fermée.
2. La monnaie
Fonctions et formes
La monnaie remplit trois fonctions : unité de compte, intermédiaire des échanges (elle supprime la double coïncidence des besoins du troc), réserve de valeur. Ses formes se sont dématérialisées : monnaie-marchandise, monnaie métallique, monnaie fiduciaire (billets, de fiducia, confiance), monnaie scripturale (dépôts, plus de 90 % de la masse monétaire aujourd'hui), monnaie électronique. La BCE définit trois agrégats : M1 (pièces, billets, dépôts à vue), M2 (+ dépôts à terme ≤ 2 ans et livrets), M3 (+ instruments négociables).
Au-delà de la technique, la monnaie est une institution : pour Michel Aglietta et André Orléan (La Violence de la monnaie, 1982), elle repose sur la confiance et constitue le lien social fondamental des économies marchandes. Les crypto-actifs comme le bitcoin ne remplissent pas les trois fonctions et sont classés comme actifs, non comme monnaies.
La création monétaire
Les banques commerciales créent la monnaie scripturale par le crédit : « les crédits font les dépôts ». Le prêt inscrit simultanément une créance à l'actif et un dépôt au passif ; le remboursement détruit la monnaie. La création est limitée par les fuites : demande de billets, réserves obligatoires (1 % en zone euro depuis 2012), règlements interbancaires. Les banques se procurent la monnaie centrale nécessaire sur le marché interbancaire (taux €STR) ou auprès de la banque centrale.
Deux lectures s'opposent :
- le multiplicateur de crédit (offre de monnaie exogène) : la banque centrale fixe la base monétaire, les banques prêtent un multiple k = 1/(b + r − br) ;
- le diviseur de crédit (offre endogène, Le Bourva, post-keynésiens) : les banques prêtent d'abord selon la demande, puis se refinancent ; la banque centrale contrôle le prix de la liquidité (taux directeurs) plus que sa quantité.
La banque centrale est au sommet de la hiérarchie monétaire : elle seule crée la monnaie centrale, fixe les taux directeurs (taux de dépôt BCE monté à 4 % en 2023 puis abaissé à partir de juin 2024) et joue le rôle de prêteur en dernier ressort théorisé par Bagehot (Lombard Street, 1873).
Théories de la monnaie
| Courant | Thèse | Auteur, œuvre |
|---|---|---|
| Quantitativisme | MV = PT, la monnaie est neutre et n'agit que sur les prix | Fisher, The Purchasing Power of Money, 1911 |
| Keynésianisme | La monnaie est demandée pour elle-même (transaction, précaution, spéculation) ; le taux d'intérêt est monétaire ; non-neutralité | Keynes, Théorie générale, 1936 |
| Monétarisme | Neutralité à long terme, inflation « toujours et partout un phénomène monétaire » | Friedman, 1956, 1968 |
| Institutionnalisme | La monnaie est une institution fondée sur la confiance | Aglietta et Orléan, 1982, 2002 |
Le financement est interne (autofinancement, taux d'autofinancement des SNF françaises de 85 à 90 % en 2023-2024, INSEE) ou externe. Le financement externe est direct quand l'emprunteur émet des titres achetés par les épargnants, indirect quand une banque s'interpose, collecte des dépôts courts et accorde des crédits longs : cette transformation des échéances est l'apport central de Gurley et Shaw (1960).
John Hicks (1974) oppose l'économie d'endettement, dominée par le crédit bancaire et le refinancement auprès de la banque centrale (France des Trente Glorieuses, encadrement du crédit), à l'économie de marchés financiers (États-Unis). La France a basculé vers la seconde avec la loi bancaire de 1984, la fin de l'encadrement du crédit en 1987 et la libéralisation financière (les « 3 D » de Bourguinat : désintermédiation, décloisonnement, déréglementation). Les banques n'ont pas disparu pour autant : elles placent les titres et restent indispensables aux PME. La théorie des asymétries d'information (Stiglitz et Weiss 1981, Diamond 1984) explique cette persistance : les banques produisent de l'information sur les emprunteurs et rationnent le crédit plutôt que d'augmenter les taux.
Méthode dissertation : un sujet sur la monnaie (« La monnaie est-elle neutre ? ») se traite en confrontant la dichotomie classique (Say, Fisher), la critique keynésienne (taux d'intérêt monétaire, trappe à liquidité) et les synthèses contemporaines (neutralité de long terme, non-neutralité de court terme, rôle des anticipations). Toujours illustrer par un épisode historique : hyperinflation allemande de 1923, Japon des années 1990, QE de la BCE depuis 2015.
Pour briller : citer la hiérarchie de la monnaie (monnaie centrale, monnaie bancaire) pour expliquer pourquoi le QE n'a pas provoqué d'inflation avant 2021 : la base monétaire a explosé mais la masse monétaire en circulation (M3) a peu progressé, les réserves restant à la banque centrale. L'inflation de 2021-2023 relève surtout de chocs d'offre (énergie) et de la demande post-Covid.
Conclusion
La comptabilité nationale fournit un langage commun (secteurs, agrégats, soldes) ; la monnaie et le financement en sont le système circulatoire. Retenir trois idées : le PIB est une construction aux trois faces équivalentes ; la monnaie est créée par le crédit sous le contrôle hiérarchique de la banque centrale ; le passage de l'économie d'endettement à l'économie de marchés financiers a transformé les conditions de financement sans supprimer l'intermédiation bancaire.
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