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L'entreprise : nature, organisation et gouvernance

Pourquoi la firme existe, comment le travail y est organisé, qui la contrôle et quelles responsabilités elle porte : les auteurs et les repères à mobiliser en dissertation.

L'entreprise est l'acteur central de la production, mais la théorie économique néoclassique l'a longtemps réduite à une « boîte noire » : une fonction de production qui maximise le profit. Le programme invite à ouvrir cette boîte : pourquoi l'entreprise existe-t-elle, comment s'organise-t-elle, qui la dirige et au nom de quels intérêts ?

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1. Pourquoi l'entreprise existe-t-elle ?

Les coûts de transaction

Ronald Coase pose la question en 1937 (« The Nature of the Firm ») : si le marché coordonne efficacement les activités par les prix, pourquoi une partie de l'économie est-elle coordonnée par l'autorité d'un chef ? Sa réponse : recourir au marché a un coût (rechercher les prix, négocier, rédiger et faire respecter les contrats). La firme remplace une série de contrats par un contrat de travail unique ; elle grandit jusqu'à ce que le coût d'organiser une transaction de plus en interne égale celui du marché.

Oliver Williamson (Markets and Hierarchies, 1975 ; The Economic Institutions of Capitalism, 1985) systématise cette intuition. Avec des agents à rationalité limitée et opportunistes, le choix entre marché, hiérarchie et formes hybrides dépend de la spécificité des actifs, de l'incertitude et de la fréquence des transactions. Plus les actifs sont spécifiques, plus le risque de hold-up pousse à l'intégration.

Les approches contractuelles et évolutionnistes

Pour Alchian et Demsetz (1972), la firme naît de la production en équipe : il faut un contrôleur qui mesure les contributions et perçoit le revenu résiduel. Jensen et Meckling (1976) en font un « nœud de contrats ». À l'inverse, Nelson et Winter (1982) voient la firme comme un ensemble de routines et de compétences collectives : elle n'est pas seulement un dispositif d'économie de coûts mais un lieu de création de savoir. La sociologie ajoute que l'entreprise est une institution qui produit des identités et du lien social (Sainsaulieu, 1990).

Piège : ne pas présenter Coase comme un critique du marché. Sa démarche reste celle d'un économiste de l'efficience : la firme est une réponse rationnelle aux coûts de fonctionnement du marché, pas un lieu de pouvoir. C'est l'analyse marxiste (exploitation) ou sociologique (Crozier) qui insiste sur le pouvoir.

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2. Organiser le travail : des modèles productifs successifs

ModèleRepèresPrincipesLimites
TaylorismeTaylor, 1911Division verticale et horizontale, chronométrage, salaire au rendementDémotivation, absentéisme, rigidité
FordismeChaîne de Highland Park, 1913 ; five dollars day, 1914Production et consommation de masse, salaires élevésCrise de productivité à la fin des années 1960
ToyotismeOhno, années 1950-1970Juste-à-temps, zéro stock, polyvalence, kaizenIntensification du travail, fragilité des flux tendus (pénuries de 2021)
L'école de la régulation (Michel Aglietta, Régulation et crises du capitalisme, 1976) fait du fordisme un régime d'accumulation : les gains de productivité, partagés avec les salariés, alimentent la consommation de masse qui écoule la production de masse. Sa crise, dans les années 1970, ouvre la voie à la flexibilité et à la « lean production ».

Alfred Chandler montre que la grande entreprise moderne naît de l'intégration et de la diversification : « la structure suit la stratégie » (1962). La structure multidivisionnelle de General Motors et DuPont dans les années 1920 devient la norme. Depuis les années 1980, le mouvement s'inverse partiellement : recentrage sur le cœur de métier, externalisation, entreprise-réseau insérée dans des chaînes de valeur mondiales.

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3. Qui gouverne l'entreprise ?

De la séparation propriété-contrôle à la valeur actionnariale

Berle et Means (1932) constatent que, dans les grandes sociétés à l'actionnariat dispersé, les managers détiennent le contrôle sans la propriété. Burnham (1941) annonce une « révolution managériale », Galbraith (1967) décrit le pouvoir de la technostructure, qui privilégie la croissance de la firme.

La théorie de l'agence (Jensen et Meckling, 1976) retourne le diagnostic : il faut aligner les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires. Avec la libéralisation financière des années 1980 et la montée des investisseurs institutionnels, la gouvernance actionnariale s'impose : stock-options, administrateurs indépendants, rachats d'actions, objectif de rentabilité des fonds propres. Friedman l'avait théorisé en 1970 : la seule responsabilité de l'entreprise est de faire du profit.

Le retour des parties prenantes

La critique de la financiarisation (court-termisme, sous-investissement, scandales Enron en 2001) et l'urgence écologique relancent la gouvernance partenariale (Freeman, 1984). En France, la loi PACTE du 22 mai 2019 réécrit l'article 1833 du Code civil : la société est gérée dans son intérêt social, « en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». Elle crée la raison d'être et la société à mission. La loi sur le devoir de vigilance (2017), adoptée après l'effondrement du Rana Plaza (2013), et la directive CSRD (2022) étendent la responsabilité aux chaînes d'approvisionnement et au reporting de durabilité.

Les modèles nationaux restent contrastés : capitalisme actionnarial anglo-saxon, capitalisme rhénan avec codétermination (loi allemande de 1976), firme J d'Aoki fondée sur la banque principale et l'emploi à vie (Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, 1991 ; Hall et Soskice, Varieties of Capitalism, 2001).

Méthode dissertation : sur un sujet comme « L'entreprise doit-elle seulement faire du profit ? », éviter l'opposition morale. Construire un plan qui montre d'abord la cohérence de la position de Friedman (mandat, efficience, rôle de l'État pour corriger les externalités), puis ses limites (contrats incomplets, externalités non internalisées, parties prenantes porteuses d'actifs spécifiques comme les salariés), enfin les formes institutionnelles de dépassement (RSE, société à mission, codétermination) et leurs propres limites (greenwashing, affaire Danone en 2021).

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4. Repères chiffrés

  • Environ 1,11 million de créations d'entreprises en France en 2024, record dû aux micro-entrepreneurs (INSEE).
  • Environ 66 000 défaillances en 2024, au-dessus de 2019 (Banque de France).
  • Taux de marge des SNF autour de 32 % de la valeur ajoutée (INSEE, comptes nationaux 2024).
  • Environ 300 grandes entreprises emploient près de 30 % des salariés (INSEE, ordre de grandeur).

Pour briller : mobiliser William Lazonick, qui oppose la logique « retain and reinvest » des années 1950-1970 à la logique « downsize and distribute » de la valeur actionnariale. Les rachats d'actions des entreprises du S&P 500 dépassent régulièrement leurs investissements nets : un argument chiffrable pour discuter le lien entre financiarisation et faiblesse de l'investissement productif.

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Conclusion

L'entreprise est à la fois un dispositif d'efficience (Coase, Williamson), un lieu d'organisation et de pouvoir (Taylor, Crozier, Marx) et une institution sociale dont les finalités sont débattues (Friedman contre Freeman). Les évolutions récentes du droit français montrent que la question « au service de qui l'entreprise est-elle gérée ? » reste ouverte et constitue un excellent angle de dissertation.

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