Stratification sociale, inégalités et mobilité
Les théories des classes sociales et leur actualité, la mesure des inégalités, l'analyse de la mobilité sociale par les tables et la fluidité, et les transformations du travail.
Toute société hiérarchise ses membres selon les ressources, le prestige et le pouvoir. L'analyse de la stratification sociale cherche à décrire ces hiérarchies, à expliquer leur reproduction et à mesurer la possibilité d'en changer : c'est la question de la mobilité sociale, au cœur de la promesse méritocratique des sociétés démocratiques.
1. Les théories des classes sociales
Marx : une approche réaliste et conflictuelle
Pour Marx, les classes se définissent par la place dans les rapports de production. Bourgeoisie et prolétariat sont liés par l'exploitation et engagés dans une lutte qui fait l'histoire (Manifeste, 1848). Une classe en soi (position objective) devient pour soi quand elle prend conscience de ses intérêts et se mobilise.
Weber : une approche multidimensionnelle
Weber (Économie et société, 1922) distingue trois ordres : économique (classes, chances sur le marché), social (groupes de statut, prestige et style de vie), politique (partis). Ces hiérarchies ne coïncident pas nécessairement : un aristocrate ruiné conserve son prestige.
Bourdieu : l'espace social et la reproduction
Bourdieu articule les deux traditions. Les individus se situent dans un espace social selon le volume et la structure de leur capital (économique, culturel, social, symbolique). Les goûts classent et distinguent (La Distinction, 1979). L'école, qui valorise le capital culturel hérité comme un don, transforme les inégalités sociales en inégalités scolaires (Les Héritiers, 1964 ; La Reproduction, 1970).
| Marx | Weber | Bourdieu | |
|---|---|---|---|
| Critère | Rapports de production | Marché, prestige, pouvoir | Volume et structure des capitaux |
| Démarche | Réaliste | Nominaliste | Classes « probables » |
| Dynamique | Lutte des classes | Pluralité des hiérarchies | Luttes de classement, reproduction |
La thèse de la moyennisation
Mendras (La Seconde Révolution française, 1988) décrit une société en toupie dominée par une constellation centrale. Plusieurs évolutions la soutiennent : hausse des niveaux de vie, tertiarisation, massification scolaire, déclin de la classe ouvrière comme groupe conscient (Beaud et Pialoux, 1999), individualisation des parcours.
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