Phénomènes de transport : conduction électrique, diffusion de particules, diffusion thermique
2e année PSI · Modèle de Drude et loi d'Ohm locale, effet Hall, loi de Fick et équation de diffusion, ordres de grandeur, rappel de la loi de Fourier et des résistances thermiques, analogies entre les trois phénomènes.
Un phénomène de transport est le déplacement d'une grandeur extensive (charge, nombre de particules, énergie) à travers un milieu, provoqué par une inhomogénéité (champ électrique, gradient de concentration ou de température). Les trois phénomènes du programme partagent le même formalisme : un vecteur densité de courant , une loi phénoménologique linéaire qui relie à la cause, et un bilan local qui traduit une loi de conservation.
1. Transport de charge : modèle de Drude
Dans un métal, les électrons de conduction (densité , charge , masse ) sont libres mais subissent des collisions avec le réseau, modélisées par une force de frottement fluide , où est le temps de relaxation (durée moyenne entre deux collisions). Sous un champ uniforme et permanent :
La densité de courant donne la loi d'Ohm locale :
est la conductivité (S·m⁻¹), la résistivité. Pour le cuivre : , , d'où s. La vitesse de dérive est minuscule : pour (1 A dans 1 mm²), .
Conséquences :
- la puissance volumique dissipée par effet Joule est (W·m⁻³) ; elle correspond à l'énergie cédée au réseau par les collisions ;
- pour un conducteur cylindrique de longueur et de section , l'intégration donne avec ;
- la conservation de la charge s'écrit ; en régime stationnaire (ou ARQS), : le courant est le même à travers toute section du conducteur (loi des nœuds).
Piège : la loi d'Ohm locale n'est valable qu'en régime permanent ou lentement variable (, soit Hz), ce qui couvre toute l'électrocinétique usuelle. Au-delà, l'inertie des électrons rend la conductivité complexe.
2. Effet Hall
On ajoute un champ magnétique perpendiculaire au courant. En régime permanent, l'équation de Drude devient . Dans un ruban conducteur où le courant est imposé selon et selon , les électrons sont déviés selon et s'accumulent sur un bord jusqu'à ce qu'un champ de Hall transverse compense la force magnétique :
La tension de Hall entre les deux bords du ruban (largeur selon , épaisseur selon ) vaut, avec :
Elle est proportionnelle à (sonde à effet Hall, teslamètre), inversement proportionnelle à (donc très faible dans les métaux, mesurable dans les semi-conducteurs où est à fois plus petit), et son signe révèle le signe des porteurs (électrons ou trous). Le champ de Hall ne modifie pas la loi d'Ohm longitudinale : reste vraie.
3. Diffusion de particules : loi de Fick
Soit la densité volumique de particules (m⁻³) d'une espèce diluée dans un milieu au repos. Le vecteur densité de courant de particules (m⁻²·s⁻¹) suit la loi de Fick :
est le coefficient de diffusion (m²·s⁻¹). Les particules vont des zones concentrées vers les zones diluées, par simple marche au hasard : une interprétation microscopique donne (libre parcours moyen vitesse d'agitation thermique, à un facteur numérique près). Le bilan de particules dans un volume, avec un éventuel taux de production volumique (m⁻³·s⁻¹), conduit à l'équation de diffusion :
En régime stationnaire sans source et en 1D, est affine et le flux de particules est conservé. La propagation d'une inhomogénéité sur une longueur prend un temps .
| Milieu | Exemple | (m²·s⁻¹) | Temps pour cm |
|---|---|---|---|
| Gaz | vapeur dans l'air | 10 s | |
| Liquide | ion ou sucre dans l'eau | s (1 jour) | |
| Solide | carbone dans le fer, dopant dans Si | à et moins | des années à l'infini |
Méthode pour un bilan 1D : isoler la tranche de section ; la variation du nombre de particules pendant est ; elle vaut . Développer au premier ordre, puis injecter la loi de Fick. En géométrie cylindrique ou sphérique, la surface dépend de : on écrit le bilan avec ou .
4. Diffusion thermique : rappels
La loi de Fourier ( en W·m⁻¹·K⁻¹ : cuivre 400, verre 1, air 0,025) et le bilan d'énergie interne donnent l'équation de la chaleur , de diffusivité (m²·s⁻¹). En régime stationnaire sans source, le flux thermique est conservé et l'on définit la résistance thermique : pour un mur plan, pour un cylindre creux. Les résistances s'associent en série et en parallèle comme en électricité ; à une interface solide-fluide, la loi de Newton ajoute une résistance .
5. Analogies entre les trois phénomènes
| Conduction électrique | Diffusion de particules | Diffusion thermique | |
|---|---|---|---|
| Grandeur transportée | charge | nombre de particules | énergie interne |
| Densité volumique | (C·m⁻³) | (m⁻³) | (J·m⁻³) |
| Densité de courant | (A·m⁻²) | (m⁻²·s⁻¹) | (W·m⁻²) |
| Loi phénoménologique | Ohm : | Fick : | Fourier : |
| Coefficient | (S·m⁻¹) | (m²·s⁻¹) | (W·m⁻¹·K⁻¹) |
| Bilan local | |||
| Résistance (stationnaire) | — |
Méthode : devant un problème de transport, identifier la grandeur transportée, écrire la loi phénoménologique avec son coefficient, établir le bilan local sur une tranche élémentaire, puis traiter le régime stationnaire par les résistances (flux conservé) ou le régime transitoire par le temps .
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